Honoraires d'architecte au Maroc : pourquoi économiser sur l'architecte, c'est payer beaucoup plus cher après

Pourquoi réduire les honoraires d'un architecte coûte toujours plus cher après. L'analyse sans détour d'un expert avec 30 ans de pratique au Maroc.

Architecte travaillant sur des plans de construction, réunion de chantier au Maroc

Voici une situation que vous avez peut-être déjà vécue, ou que vous vivrez un jour si vous construisez au Maroc.

Vous avez un projet. Un terrain. Un budget. Et face à vous, un devis d'architecte qui semble élevé. Alors vous négociez. Vous coupez un peu sur les honoraires. Vous vous dites que l'architecte peut faire moins, moins de réunions de chantier, moins de contrôles, moins de détails. Vous êtes satisfait d'avoir "serré les coûts".

Puis vient la construction. Et les problèmes.

Des travaux supplémentaires non prévus. Des matériaux changés à la va-vite. Un bâtiment qui consomme deux fois plus d'énergie que prévu. Des finitions bâclées. Une réception de chantier mouvementee. Et au final, une ardoise bien plus lourde que ce que vous aviez économisé sur les honoraires.

Mohamed Berrada, fondateur du cabinet ARPIO à Casablanca et architecte depuis plus de 30 ans, a vu ce scénario se répéter tout au long de sa carrière. Il en parle sans détour dans l'épisode 7 des Clés du Maroc.

L'architecte au Maroc : une obligation administrative ou un partenaire stratégique ?

Il y a deux manières de voir un architecte quand on veut construire au Maroc.

La première : c'est quelqu'un qu'on doit payer pour obtenir un permis de construire. Une formalité. Une case à cocher avant de passer aux "vraies" décisions.

La deuxième : c'est le premier partenaire du projet, le seul qui voit le bâtiment dans sa globalité, de l'idée initiale jusqu'aux 30 années de vie qui suivent la livraison.

Mohamed Berrada est catégorique :

"La majorité des investisseurs ou des clients voit l'architecte comme une obligation administrative. Le reste, il sait faire avant, après. Et c'est là où, malheureusement, il y a beaucoup de projets qui sont ratés. Il y a beaucoup d'investissements perdus."

La vraie question n'est pas : "combien coûte l'architecte ?" Mais : "combien coûte un projet sans un bon architecte ?"

Ce que fait vraiment un architecte (et ce n'est pas dessiner des plans)

Avant le permis de construire : la phase stratégique

C'est ici que se jouent les vraies économies, ou les vraies erreurs. Un bon architecte, avant même d'ouvrir son logiciel, commence par questionner le projet lui-même.

"Si vous construisez juste la même chose que votre voisin, c'est quoi la différence ? Nous, on a toujours cherché la différence pour le client."

Sur un projet à 10 hectares, ARPIO a intégré des équipements non prévus initialement, proposé de sortir la voiture du quartier, et imaginé un système de partage d'énergie entre bâtiments. Des décisions qui, prises au stade de la conception, ne coûtent quasiment rien à mettre en oeuvre, mais qui auraient été impossibles à corriger une fois la construction lancée.

Pendant le chantier : la maîtrise d'oeuvre

Un architecte qui suit un chantier, ce n'est pas une dépense superflue. C'est une assurance.

"L'entreprise, quand elle vient, elle est là pour exécuter. Elle n'est pas là pour réfléchir. Celui qui réfléchit avec le client, c'est l'architecte et l'ingénieur."

Ce travail invisible, c'est la maîtrise d'oeuvre. Et quand on la réduit pour économiser, c'est la qualité finale du bâtiment qui en paie le prix.

Après le permis : la vraie valeur ajoutée

"L'architecte, une des missions est le permis de construire. Ce n'est pas sa mission principale. Au contraire, c'est la petite mission. La grande mission, c'est avant et après le permis de construire."

Le modèle ARPIO : une réponse au problème de coordination

Face à ce défi, Mohamed Berrada a construit ARPIO autour d'une logique de service global. Architectes, designers, ingénieurs, climaticiens, thermiciens : toutes les compétences sont réunies sous un même toit.

"On a décidé d'offrir un package complet au client pour qu'il se retrouve juste en face d'un chef d'orchestre, Arpio, qui gère tout."

La règle canadienne que vous devriez connaître

Lors de son passage à Montréal entre 2000 et 2004, Mohamed Berrada a appris une règle qui l'a marqué :

"Au Canada, si votre client n'est pas d'accord avec vous, vous continuez à rester responsable technique de votre client."

Même si le client dit non à une recommandation de l'architecte, l'architecte reste légalement et éthiquement responsable de l'intégrité technique du projet. Ce principe pousse les architectes à ne jamais abandonner leur rôle de conseil, même face à un client récalcitrant.

Ce que vous perdez vraiment quand vous réduisez les honoraires

Quand un client négocie à la baisse les honoraires d'un architecte, il obtient généralement :

"Souvent, quand on réduit un peu les honoraires des architectes, des ingénieurs, je dirais que c'est le client qui est perdant parce qu'il réduit leurs tâches."

Comment choisir son architecte au Maroc : les bonnes questions

Avant de signer avec un cabinet d'architecture pour votre projet, posez ces questions :

  1. Quelle est l'étendue réelle de votre mission ? (de la conception jusqu'à la réception de chantier ?)
  2. Avez-vous des compétences en ingénierie, en efficacité énergétique ?
  3. Comment gérez-vous les arbitrages en cours de chantier ?
  4. Avez-vous des références sur des projets similaires au mien ?
  5. Est-ce que cet architecte me challenge, ou est-ce qu'il me dit oui à tout ?

Construire au Maroc : un investissement, pas une dépense

Un bâtiment qui coûte 5 % de plus à construire parce qu'il a été bien conçu, bien orienté, bien suivi, mais qui consomme 50 % d'énergie en moins, qui maintient une valeur élevée à la revente, est un meilleur investissement qu'un bâtiment au budget rasé dont les défauts se révèlent après la livraison.

"Un maître d'ouvrage qui rogne sur les honoraires de l'architecte finit toujours par le payer ailleurs." Réponse de Mohamed Berrada, épisode 7 des Clés du Maroc.

Écoutez l'épisode complet

Mohamed Berrada développe ces sujets avec une franchise rare dans l'épisode 7 des Clés du Maroc. Des anecdotes concrètes, des chiffres réels, et un regard sans concession sur le secteur de la construction au Maroc.

🎧 Écoutez ou regardez l'épisode maintenant, disponible sur toutes les plateformes de podcast et sur YouTube.

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