Architecture au Maroc en 2026 : tendances, défis et insights d'un architecte avec 30 ans d'expérience à Casablanca. Ce que personne n'ose vraiment dire sur le secteur.

L'architecture au Maroc vit une période charnière. En 2026, entre un boom de la construction qui ne faiblit pas, l'émergence d'une jeune génération d'architectes ambitieux, et des défis croissants en matière d'urbanisme et de durabilité, le secteur est à un tournant décisif. Pour en parler, Les Clés du Maroc a reçu Mohamed Berrada, fondateur du cabinet ARPIO à Casablanca, un architecte avec plus de 30 ans d'expérience, formé aux Beaux-Arts de Bruxelles, passé par le Canada, et auteur de certains des projets industriels et institutionnels les plus innovants du Maroc.
Ce qu'il dit est parfois inconfortable. Et c'est précisément pour ça que ça mérite d'être lu.
Le secteur de la construction au Maroc est en pleine expansion. De nouvelles tours sortent de terre à Casablanca Finance City (CFC), des zones industrielles se développent, des projets résidentiels fleurissent dans toutes les grandes villes. La dynamique est réelle, et en 2026, elle s'accélère encore.
Mais Mohamed Berrada pose une question que peu osent formuler : est-ce qu'on construit bien ?
"Il y a certains bâtiments qu'on voit à Casablanca, en façade rideau, orientés plein ouest, où il y a des gens qui habitent ou qui travaillent, qui climatisent. C'est vrai que peut-être il faut que les pouvoirs publics deviennent un peu plus regardants."
La quantité est là. La qualité architecturale, celle qui pense au confort des utilisateurs, à l'efficacité énergétique, à l'identité locale, l'est beaucoup moins souvent.
En 30 ans de carrière, Mohamed Berrada a vu le regard sur son métier évoluer, mais pas toujours dans le bon sens. Au Maroc, l'architecte est encore trop souvent perçu comme une obligation administrative, quelqu'un dont on a besoin pour obtenir un permis de construire, et qu'on écarte ensuite des décisions importantes.
Cette perception a un coût. Un coût réel, chiffrable, que les investisseurs découvrent souvent trop tard.
"Quand on réduit les honoraires des architectes, des ingénieurs, c'est le client qui est perdant."
Le modèle de son cabinet ARPIO est précisément construit en réponse à ce problème : une équipe multidisciplinaire (architectes, designers, ingénieurs, climaticiens, thermiciens) sous un même toit, qui accompagne le client de la conception jusqu'à la livraison, et même après.
L'un des thèmes les plus forts de l'épisode, c'est l'architecture bioclimatique. Et Mohamed Berrada n'en parle pas comme d'une tendance. Pour lui, c'est une évidence que le marché marocain est encore trop lent à comprendre.
Exemple concret : une unité industrielle dont la facture de climatisation s'élevait à 1,5 million de dirhams par mois. Pas parce que l'industriel avait voulu dépenser cet argent, mais parce que le bâtiment avait été mal orienté, mal conçu, et que personne n'avait pensé à la ventilation naturelle au moment des plans.
Un bâtiment bien orienté, des ouvertures au nord, des arbres à feuilles caduques bien placés, des panneaux photovoltaïques intégrés dès la structure : ce sont des décisions qui coûtent peu à la conception et qui font économiser des millions sur la durée de vie du bâtiment.
ARPIO a ainsi réalisé l'une des premières unités industrielles décarbonées du Maroc, en convainquant un client sceptique que l'enveloppe du bâtiment était aussi un investissement stratégique.
On pense rarement à l'architecte quand on imagine une usine. Et pourtant, la conception d'un bâtiment industriel peut faire gagner, ou perdre, des années de productivité.
Mohamed Berrada a travaillé très tôt sur des projets industriels d'envergure, notamment pour un grand groupe automobile japonais, en utilisant une technologie alors quasi-inconnue au Maroc : le béton précontraint. Résultat : 18 000 m² construits en un an au lieu de trois. Un gain de temps qui, pour un industriel, représente deux ans de production supplémentaires.
Casablanca a beaucoup changé ces dernières années. Mais Mohamed Berrada, qui se baladait récemment dans le quartier des Habous, a dû écourter sa promenade : trop de voitures, trop de bruit, pas assez d'espace pour regarder les bâtiments.
La ville a besoin de respirer. Et les solutions existent, il suffit de regarder ce que font Bruxelles, Lisbonne ou Barcelone, villes citées dans l'épisode. Piétonniers, réduction de l'impact automobile, transports en commun, revêtements de sol adaptés à la chaleur : les outils sont connus. La volonté politique, elle, reste encore à consolider.
"S'ils se mettent en groupe, font appel aux spécialistes, on a tellement de belles choses ici au Maroc qu'on peut travailler autour d'une table pour une cause commune."
Le Maroc possède une identité architecturale forte et reconnaissable : les riads, les zellige, les moucharabiehs, les patios. Une architecture qui répond à la fois au climat, à la culture et à l'usage.
Aujourd'hui, cette identité est sous pression. Les façades rideau en verre orientées plein soleil, les immeubles génériques qui pourraient être à Singapour comme à Lyon, prolifèrent dans les quartiers d'affaires.
Pour Berrada, le problème n'est pas un manque de compétences, les architectes marocains sont bien formés et passionnés. Le problème, c'est le manque de vision globale et de confiance accordée aux professionnels par les maîtres d'ouvrage et les pouvoirs publics.
Lors de la séquence de questions flash en fin d'épisode, Mohamed Berrada répond oui sans hésiter à la question : "L'IA va transformer le métier d'architecte plus vite qu'on ne le pense ?"
En 2026, ce n'est plus une hypothèse. Les outils de génération de plans, de simulation énergétique et de modélisation 3D pilotés par l'IA sont déjà dans les mains de certains cabinets. Mais les professionnels les plus expérimentés voient dans l'IA un accélérateur, pas une menace. C'est le jugement humain qui reste irremplacable.
Mohamed Berrada est entré dans le métier par passion, influencé par un père designer. Il l'exerce depuis plus de 30 ans avec la même énergie, le même appétit d'apprendre. Ce qui l'anime, ce n'est pas le plan ou le permis de construire, c'est le projet dans sa globalité, de la stratégie initiale jusqu'à la durée de vie du bâtiment.
Son conseil à un jeune architecte qui veut se lancer ?
"Ne pratiquez pas tout de suite votre métier. Accompagnez d'autres projets, apprenez avec des architectes expérimentés ou même avec un investisseur. Le diplôme, c'est un ticket d'entrée, pas un savoir absolu."
Et son rêve qu'il n'a pas encore réalisé ? Concevoir une ville nouvelle à zéro énergie, en Afrique ou ailleurs, où la voiture est presque inexistante, où le vent, le soleil et l'eau de pluie sont les premières sources d'énergie. En 2026, ce projet reste un rêve. Mais le Maroc a toutes les cartes en main pour en faire une réalité.
Tout ce qui est évoqué dans cet article n'est qu'un aperçu. La conversation avec Mohamed Berrada dans le podcast Les Clés du Maroc dure plus d'une heure et regorge d'anecdotes concrètes, de prises de position tranchées et d'exemples de projets réels.
🎧 Écoutez ou regardez l'épisode 7 des Clés du Maroc avec Mohamed Berrada, fondateur de ARPIO, dès maintenant, disponible sur toutes les plateformes de podcast et sur YouTube.
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